Je m'appelle Fabien. Fabien Moreno.
Cokee-lightJ'ai dix-sept ans. Pour ce qui est de la majorité, je l'atteindrai bientôt. Je vis dans le 19e arrondissement de Paris. Un simple F2 me sert de logement que je partage avec ma mère. Mon père .. est mort. Dans un accident de voiture. Il y a deux ans. Je n'ai pas de frère ni de soeur. L'amour fraternel m'importe peu, j'ai donc toujours été seul.
Cokee-lightJusqu'à présent, n'importe quelle personne, lisant ce texte, aurait pu penser qu'il s'agissait juste de la vie banale d'un p'tit merdeu de Parisien. C'est vrai. L'existence, pour moi, n'est pas un cadeau, mais un problème non résolu. Ma mère croule sous les dettes, mes potes zonent avec des couteaux. La seule chose qui m'ait accompagné est la musique, essentiellement le rap. La plupart des gens et quelques politiciens pensent que c'est un son de racailles, qui attise la violence et porte atteinte à la France et au respect des femmes. Je veux montrer que le rap est une musique à part entière et qu'elle mérite largement sa place à côté des autres. Au même niveau, sans être dévalorisée.
Cokee-lightJ'écris, je compose et je fume : mes journées se résument à cela. J'ai déjà mis mes sons en ligne sur internet. C'est du vécu que je transmets entre mes lignes et non du bluff ou de la vulgarité. Il faut avoir de l'ambition et non entretenir ses rêves, alors j'ajouterai simplement que, plus tard, je voudrais être rappeur. Ce que je vais dire par la suite, ne fera que conforter vos préjugés à l'égard du rap ou de certains banlieusards, mais oui, j'ai arrêté le lycée. Pour moi, les cours ne me servaient plus à rien et je considère que la meilleure école qu'il puisse exister est la vie en elle-même, avec ses expériences et ses chemins divergents.
Cokee-lightAujourd'hui, je vois la misère sociale venir s'immiscer dans notre quotidien. Le rideau rouge a été décroché et les trois coups ont été donnés lorsque j'ai entendu ma mère pleurer tard dans la nuit. Pour ne pas tomber dans cette spirale infernale, voire longue et interminable, j'écris. C'est mon échappatoire, une solution de s'évader, d'oublier. Au fond, je suis peut-être quelqu' ..
Qui qui est dans la plaza, que que .. ♫
- Merde, mon portable. « Ouais ? Quand ? Ce soir ? J'en sais rien. Ok, ba j'verrai. Allé. »
Lia. Une fille que je connaissais depuis mes débuts en collège. Elle faisait partie du cercle restreint que j'avais comme « amis ». Je n'éprouvais aucun sentiment amoureusement naissant à son égard et réciproquement.
Nous n'étions pas issus du même milieu, ce qui n'empêchait pas une entente cordiale entre nous. Elle possédait une vie confortable, financièrement parlant, grâce à ses parents et je ne pense pas qu'elle s'en rendait compte. Ses grands yeux marrons, la plupart du temps maquillés, m'avaient toujours intrigués. Mystérieuse, elle l'était, certainement plus que moi et il était difficile de décrypter quelconques émotions derrière son visage, encore imprégnés de traits d'enfant.
Je me lève de cette chaise et me dirige vers la salle de bain. Dans la cuisine, je croise ma mère :
- Je vais sortir là. J'sais pas à quelle heure je rentrerai.
- D'accord, il y aura à manger dans le frigo. A demain et fais attention à toi.
- Ouais.
Je claquais presque la porte. Je n'aimais guère voir les cernes s'installer sous les yeux de ma mère. Elle se faisait tant de soucis pour moi, j'aimerai lui épargner quelques doutes, au moins. C'était seulement un souhait qui ne se réaliserait pas. J'étais devenu un mur froid et impassible. Depuis la perte de mon père, j'avais appris à cacher mes sentiments et mes émotions. Plus rien ne pouvait m'atteindre.
L'eau tiède de la douche me remettait quelque peu les idées en place. Je savais quoi faire de ma vie, mais la question restait la même : Comment y arriver ? L'argent manquait à mes idées ainsi que la célébrité. Je ne voulais pas me dire que mon destin ne pourrait être qu'un joker malsain et rien de plus.
Les secousses de métro ne me berçaient plus comme quand j'étais petit. Je dirais presque qu'elles me lassaient. A cette heure-ci, il n'y avait pas grand monde dans ce moyen de transport. En sachant aussi que cette ligne n'était pas fréquentée. J'observais les gens autour de moi, me demandant à quoi ressemblaient leurs vies. Si j'avais plus ou moins de chance qu'eux. Est-ce que derrière ce jean délavé et ces converses qui me paraissaient plutôt neuves, pouvait-il se cacher de grandes souffrances, une personne malsaine, une âme décomposée ? Je me retrouvais seul face à ces personnes que je ne connaissais pas et je prenais conscience de la solitude éternelle qui se nommait « vie ».
Les deux stations étaient passées aussi vite que mes réflexions. Après être descendu de ce métro, j'avais conclu que pour ne pas se rendre compte de la médiocrité de notre vie, il ne fallait pas se mêler de celle des autres. La jalousie n'allait pas rendre la mienne plus belle, au contraire. Quelque part, je voulais croire que j'allai être un artiste qui apporterait, au fur et à mesure, des pierres à l'édifice pour arriver à construire un château. Au final, ma fierté ne pourrait être que plus grande car, au départ, je n'avais que poussière.
J'arrivais devant l'immeuble de Lia. Je posais mon index sur le bouton de l'interphone et attendais que sa voix sorte de cet objet en plastique.
- Oui ?
- Ouais, c'est moi.
- Ok, rentre.
Je poussais les lourdes portes transparentes. Propres. Des pavés sombres brillaient au sol. J'appuyais sur le bouton de l'ascenceur. Deux, un, zéro. Ding ! Les portes s'ouvraient laissant apparaître un miroir et donc, par conséquent, mon reflet. J'entrais et passais ma main dans mes cheveux pour les dresser. Le vent les avait rendu glacés avec comme impression qu'ils étaient mouillés. J'inspectais ma silouhette une dernère fois, éclairciçais ma gorge en cherchant ce que j'allais bien pouvoir dire. Ding ! Les portes se rouvraient et laissaient découvrir un magnifique couloir avec un joli tapis foncé. Je cherchais le bon numéro et sonnais. J'entendais le bruit de la clé qui se tournait dans la serrure et Lia apparut dans l'embrasure. Elle me sourit, je fis de même, et me laissa entrer.
- Je suis contente que tu sois là. Je ne savais pas si tu allais venir ..
- J'avais rien d'prévu.
- Ba .. En fait, j'ai besoin de toi.
- Pourquoi ?
- Viens t'asseoir.
Son appartement était blanc, le décor très désign. Aucune faille dans le paysage, tout était à sa place. La poussière se trouvait je ne savais où, mais pas ici en tout cas.
Elle se posa à côté de moi et prit la parole :
- Alors voilà, il me reste cinq mois pour présenter la littérature sous un art. J'ai tout de suite pensé à toi. Tu pourrais présenter, avec moi, la littérature en musique.
- C'est quoi ta littérature ? Tu sais, j'suis pas Aznavour. Je parle pas d'Amour et d'eau fraîche dans mes textes.
- Je le sais bien, mais il nous laisse le choix du sujet.
- Et pourquoi tu veux le faire sous forme de musique ?
- Je ne sais pas .. Parce que je suis nulle en peinture et que je ne me vois pas écrire un roman en quatre mois et puis aussi .. Je te trouve très doué. Cela te permettra de te faire connaitre. Tu avanceras un peu plus, comme ça ..
- Ouais, tu parles.
Pour réfléchir, je commençais à rouler un joint.
- Ne fumes pas ici, s'il te plaît. Mon père ne va pas tarder à rentrer et il ne supporte pas l'odeur de tabac ou ..
Je souriais à la phrase inachevée qu'elle venait de prononcer. D'herbe, tout simplement. Je percevais Lia comme une petite fille, encore. Fragile, timide. Je finissais de rouler mon joint et décidais de le ranger.
- Alors, tu es d'accord ?
- Ba j'te promets rien, je réfléchirai.
- Tu me tiens au courant assez vite, quand même.
- Ouais.
Je n'arrivais pas à décrire les traits de son visage, ni ses expressions. Je n'arrivais pas à savoir si elle était heureuse ou non. La seule chose qu'elle faisait, était de jouer avec son piercing. Nerveuse sans doute ? Je ne me rappellais plus de la dernière fois que l'on s'était vu, mais la revoir me faisait plaisir. Elle était belle ce soir. Ses cheveux sombres retombaient en cascade sur ses épaules. Un tee-shirt clair signé Pepe Jeans, éclairait son visage et un slim moulait ses fines jambes. Le seul problème chez Lia, c'était qu'elle n'avait rien d'une bourge. Ni un air hautain, ni un comportement supérieur. Six ans que je la connaissais et je n'étais toujours pas arrivé à la cerner. Cette expérience me ferait-elle parvenir à cela ?
- Tu veux boire quelque chose ?
- T'as quoi ?
- Juste de l'eau ou de l'ice tea.
- Euh, rien alors.
Elle s'attendait à cette réponse. Sa question n'avait servie qu'à meubler le silence qui s'était installé. Peut-être que je lui manquais. L'arrêt de mes études, nous avait un petit peu éloignés, étant donné que nous n'étions presque plus ensemble. J'aurai voulu lui montrer que j'étais toujours là et que je n'avais pas changé, mais cela restait qu'une simple hypothèse. Au lieu de me tromper, je préfèrais ne rien tenter.
Elle se dirigea dans une autre pièce. A ce moment même, la porte claqua et quelqu'un fit irruption dans le salon. L'allure qu'avait cette personne me fit comprendre que c'était son père.
- Bonjour.
- Euh .. Bonsoir, jeune homme.
Lui aussi changea de pièce. Ils chuchotaient, je tendis l'oreille.
- C'est qui celui qu'il y a dans le salon ?
- Un ami, papa.
- Depuis quand te fais-tu amie avec des racailles ?
Cette réflexion m'atteignait en pleine gueule. Choqué, je me levais. Comment osait-il dire cela ? Je ramassais ma veste. Lia réapparut, surprise de ma réaction. Elle se doutait bien que j'avais entendu et était, à présent embarassée. Pour faciliter la situation, je lui annonçais clairement que j'allais m'en aller.
- Mais attends.
- Je te donne la réponse un de ces jours.
- Attends Fabien !
- Et merci pour l'accueil !
Ca, je l'avais dit assez fort pour que son père puisse l'entendre. Bâtard.
Lia ne put me retenir bien lontemps encore. J'avais passé la porte assez vite, pour ne pas laisser échapper ma colère. Ma préférence s'était tourné vers l'ascenceur et non vers ses mots qui s'étaient perdus dans le couloir.
L'air frais frappait mon visage de plein fouet. Je plissais les yeux face à cela. J'allumais mon joint et me dirigeais vers la station de métro. Mon sang bouillonnait. Mes dents s'étaient serrées. Je continuais de marcher pour dissoudre la colère. Qu'allais-je bien faire ce soir ? Me défouler avec des mots ? Squatter chez un pote ? Fumer, boire, me fracasser la cervelle ? Rentrer à pas d'heure ? Ouais, ça me plaisait de n'avoir plus de vie. De faire ce que je voulais, quand je le voulais, où je le voulais. Finalement, c'était ça la liberté.
Je n'avais plus le choix de rien, de toute façon, dans cette vie de merde. C'était tous les soirs comme ça et je crois qu'il n'allait pas y avoir de changement. Je ne pouvais rien y faire. Ma liste de _« choses à accomplir » était vide.
Tout _`_ simplement _`_ vide.